Je me souviendrais toujours de « mon ile ». J’ai failli y mourir 4 fois exactement :
La première fois parce que je ne savais pas bien nager : je ne connaissais que la nage indienne et comme toute personne douée d’un sens inné du risque, je suis partie en indienne et j’ai dérivé hors de l’enceinte protégée par les deux embarcadères… et je me suis retrouvée dans l’océan atlantique. Lorsque je me suis rendue compte que l’eau était devenue froide, je suis revenue vers la plage.. mais la panique aidant, je me suis affolée et je me suis épuisée. N’ayant plus la force d’arriver à la plage, j’ai coupé vers le second embarcadère, sous les insultes des pecheurs et je suis remontée en passant par les rochers. Conséquence : une entaille de 5 centimètres sous le pouce du pied. Ca fait mal, je vous assure. Le plus difficile a été de cacher ca à ma mère qui m’avait, bien entendu défendu d’aller si loin et à qui j’avais, bien entendu désobéi. Mais c’est difficile de cacher une plaie aussi importante, surtout lorsqu’on passe ses journées à marcher pieds nus dans le sable. Punition ultime : décaper le plancher de la maison à la paille de fer et recirage.
J’ai appris à nager depuis, je vous assure.
La seconde fois que j’ai failli mourir, c’était à la « piscine ». Un point de l’ile qui servait d’entrainement à l’équipe de natation. Je pêchais tranquillement des centaines de m’bele et ma ligne s’est accrochée au fond. Courageuse et téméraire, j’ai plongé pour aller la décrocher. On faisait ca tout le temps parce que vu le prix du plomb et des hameçons il était hors de question de couper le fil de pêche. J’ai l’habitude de faire ca. Alors je plonge, je suis le fil et je tente de décrocher le plomb coincé, mais ca ne marche pas. Je tente alors de décrocher manuellement le plomb et l’hamecon rentre dans la paume de la main. Deuxième moment de panique intense, je n’avais plus d’air, j’étais coincée au fond de l’eau, accrochée à un hameçon, lui-même installé sur un fil de pêche suportant un poisson de 10 kg, et le tout tranquillement attachés à un plomb qui gisait là.
Je n’avais pas le choix… j’ai essayé de couper le fil avec les dents, mais je n’avais plus le temps. il ne me restait qu’une solution : arracher l’hameçon de la paume de la main.
conséquence : une large entaille sur la main droite et comme punition ultime : décapage du plancher à la paille de fer et cirage de ce même plancher
La troisième fois, ce fut plus douloureux… surtout pour ma figure : A coté de la « piscine », il y a un bloc de béton que tout le monde appelle « tête de mort ». C’était la veille de la rentrée des classes et je profitais des dernières heures de vacances. Fini les journées à la plage, fini les balades pieds nus dans l’ile, au Castel, dans les souterrains qui mènent au canon. je plonge, je remonte sur la tête de mort, je replonge, je remonte etc, etc… Ma mère, qui me voyait de la fenêtre me demande de rentrer, il est tard. J’entame donc mon dernier plongeon, celui qui va me mener à la plage. Et je glisse au moment de m’élancer. Et je tombe sur le béton.
conséquence : dents cassées, entorse au coude, lèvre fendue et mal à la tête. Je vous laisse deviner la punition ultime, mais là, ma mère a été sympa : elle a attendu que mon coude guerrisse. Mais bon, ce n’était pas pratique un coude bandé lorsqu’on va à l’école.
Mais le pire reste à venir ! Là j’ai eu la peur de ma vie et peut-être un peu conscience que j’étais passée très près mais vraiment très près. Comme tous les enfants de l’ile, on attendait toujours l’arrivée de la chaloupe pour tenter de récupérer les pièces jetées par les touristes dans l’eau ou alors pour monter sur le bateau et plonger… 10 m de hauteur , c’est rigolo. Les plus courageux attendaient la chaloupe au Tacoma et montaient dessus facilement. Ce sont les costauds. D’autres attendaient la chaloupe juste à l’entrée de l’ile , s’accrochaient aux ancres et se laissaient tracter jusqu’à l’amarrage. Les dernières attendaient que le bateau soit amarré pour se faire hisser par ceux qui étaient déjà montés. Je suis un guerrier, je n’allais pas attendre et je n’étais pas assez courageuse pour aller jusqu’au Tacoma ! J’ai donc tenté le tractage par l’ancre. C’est top. Tu attrapes l’ancre et tu t’accroches et tu attends. C’est ce que j’ai fait. Mais je ne savais pas qu’il fallait avoir une certaine force dans les bras. D’abord parce que l’ancre n’était quand même pas tout près du tirant d’eau et surtout parce que la vitesse du bateau était assez importante. Je me suis donc accrochée, autant que j’ai pu et j’ai laché. Le bateau a continué a avancer et lorsque l’arrière du bateau est arrivé à ma hauteur, le capitaine a inversé les moteurs. Cela a créé un énorme remous qui m’entraine vers les hélices… Là, j’ai su ce qu’était l’adrénaline ! soit je me faisais happer par les hélices et je pense que j’aurais eu plus mal que lorsque je m’étais explosé sur la tête de mort, soit je m’en sortais en vitesse. J’ai du mon salut à mes heures de natation, de nages et d’aller retour entre la plage et le « pont D ». J’ai pris de l’élan en m’aidant de la coque du bateau et je me suis éloignée. De 5 metres seulement mais c’était suffisant.
Ca, par contre, je ne l’ai jamais dit à ma mère ! la punition ultime n’aurait pas suffi !
Vous allez croire que l’ile est dangereuse, ce n’est pas vrai ! Je me souviens aussi des concours de pyramides dans l’eau avec la famille Fonséca, les bouffes chez les Renaudeau, chez les Dussart, les Saglio, la confiance dont faisait preuve nos parents qui nous laissaient aller et venir dans l’ile sans souci. Il faut dire qu’il n’y avait pas de voiture, pas de boite de nuit, tout le monde connaissait tout le monde et tout les « anciens » gardaient un oeil sur les plus jeunes.
Je me souviens aussi des superplats que nous faisait « mame Louise » après que nous lui ayons ramené des kilos de poissons, des parties de pétanques dans la rue Saint Germain, des parties de billes qui finissent toujours mal parce que comme j’étais très forte, mais vraiment très forte, on finissait toujours par se battre, je me souviens de Zic, Marine, Barbara, Fiona, BelleDent, Pape Mangassa, Sabine et d’autres et tous les autres. Que dire aussi des « nuits blanches » sur la plage, à griller du poisson pêché la seconde d’avant, des parties de cache cache au castel, de la dégustation de figue de barbarie, et de la corne qui annoncait que le « Blaise Diagne » venait de virer au Tacoma et qu’il allait donc arriver dans l’ile bientot. Et que dire de la dérive de la chaloupe dont les hélices étaient pris dans des filets de pêche ! remorqués par une … remorque elle aussi prise dans les filets, nous avons retrouvé la terre ferme à bord des especes de petits machins qui guident les paquebots dans le port. Et c’est engourdis par le froid et légèrement trempés par les embruns que nous avons emprunté les 3 kilometres qui nous menaient vers le lycée.
C’est également là que j’ai appris à chanter ! dans l’église de l’ile, dans la chorale ! et rien ne valait la « Saint-Charles Boromé » , quand diembé, guitares flutes orgues s’unissaient aux voix de la chorale pour fêter l’ile
C’est également là que j’ai fait connaissance avec le jazz, lors des 24 heures du jazz organisé tous les ans… c’est là que j’ai vu Dizzy Gillespie avec ses joues gonflées et sa trompette bizarre pour la première fois.
Et pour la petite anecdote cinématographique, c’est dans cette ile qu’a été tournée une partie du film « Adèle H » avec Isabelle Adjani
Mais le plus beau reste encore les dauphins ! Ils passent au large de l’ile et quelques fois, ils accompagnent la chaloupe jusqu’à Dakar.
C’est encore plus merveilleux lorsqu’on les voit de la fenêtre de la maison.
Et encore, elle ne vous dit pas tout !!! merci ma belle de raconter si bien nos souvenirs !
Fiona